Au début du XIXe siècle, avant que la population de la capitale ne s'accroisse de façon démesurée, cet arrondissement était un quartier rural. C'était aussi un quartier en révolte. En 1848, de nombreuses barricades furent dressées et en 1871, il fut le théâtre de l’éclat de l’insurrection. Aujourd'hui, de nombreuses maisons sont emblématiques d'un passé où les caractéristiques architecturales étaient laissées à l'initiative individuelle des propriétaires terriens.
D'autres, comme celles de Villa Castel, par exemple, sont restées hors du temps. Avec leurs façades en briques, leur auvent devant l'entrée, leurs pots de fleurs suspendus sur les côtés, leurs grilles en fer forgé, leurs jardins aux arbres feuillus et leurs rues pavées, elles sont pleines de charme. Le quartier Saint-Blaise, entre le cimetière du Père-Lachaise et la porte de Montreuil, conserve lui aussi l'aspect d'un village rural d'autrefois, comme en témoignent les noms de ses rues. Des œuvres de street art égaient les murs de certaines rues du quartier. À la rue du Retrait, les corps blancs de Mesnager côtoient les animaux de Mosko. Quant aux hommes en imperméable noir de Nemo, ils se trouvent à la rue des Cascades...
Entre potagers sur les toits, jardins naturels et fontaines - Sur le toit en terrasse du Gymnase Vignoles, au numéro 89 de la rue des Haies et près du métro Maraîchers, se trouve un jardin potager solidaire public géré par l'association Lafayette. Le potager a été déplacé sur le toit de l'école lorsque le terrain sur lequel il se trouvait a été utilisé pour la construction de l'institut. Il y a une trentaine de centimètres de couche de terre cultivable et à ses abords se trouve une ruche avec environ cinquante mille abeilles. Pour accéder au potager, il faut passer sous l'immeuble situé au numéro 16 de la rue du Transvaal.
Au numéro 112 de la rue de la Réunion, en revanche, près de la station de métro Alexandre Dumas, se trouve un beau jardin naturel où toutes les plantes ont droit d'asile, les indigènes et les sauvages, fruit du pollen porté de l'extérieur. À l'intérieur de l'étang, on trouve des grenouilles, des tritons et des libellules planent au-dessus de l'eau. L'intervention de l'homme est minime et se limite à la coupe des branches et de l'herbe. L'irrigation est assurée par la pluie. C'est un jardin créé pour protéger la nature et respecter ses cycles. En mai débute la saison des amours des crapauds sous les cerisiers sauvages en fleurs, en juillet, les mûres mûrissent et en septembre, il y a les vendanges. Des expositions se tiennent régulièrement sur la terrasse à côté de la maison du gardien.
Au centre de la place de la Réunion, grande place piétonne où a lieu également un marché, se trouve une fontaine circulaire. L'anneau extérieur en pierre récente entoure et protège l'ancienne fontaine du XIXe siècle, de couleur vert foncé, décorée de figures d'enfants, de masques et de coquillages.
Avec des produits locaux de qualité, le marché très coloré mérite une visite. Il existe un autre marché populaire dans l'arrondissement de Montreuil, près du métro Mairie-de-Montreuil. Il s'agit d'un marché aux puces, appelé Les Puces de Montreuil. Il est situé hors des itinéraires touristiques et vous pouvez y trouver de l'argenterie, des lampes d’époque, des vêtements vintage et des meubles insolites...
Passage des Soupirs – L'étroit passage des Soupirs mène à un joli chalet situé au numéro 7. Pour accéder au passage, il faut emprunter l'escalier de la rue des Pyrénées, toute proche. Selon certains, cet escalier aurait des propriétés magiques. On dit que si le visiteur s'arrête sur l'une des marches, sa montre s'arrête aussi. Essayez pour y croire.
Belleville
À Paris, le quartier de Belleville a été au fil des siècles ce que Soho a été pour Londres, une terre d'asile pour les immigrés défavorisés, les réfugiés persécutés et les personnes fuyant la guerre. Ainsi, au fil des ans, Arméniens et Chypriotes se sont retrouvés à cohabiter avec les Turcs, et les Arabes avec les Juifs tunisiens... Mais lorsque le quartier a commencé à se rénover, les prix ont grimpé.
Là où à l’époque il y avait un magasin d'épices de Juifs tunisiens et des cafés kabyles se trouvent aujourd’hui des établissements asiatiques, surtout chinois, aux enseignes jaunes et rouges criardes ; et là où il y avait des galeries Barbès se trouve maintenant une gigantesque usine de canard laqué. Les établissements chinois sont surtout concentrés entre les stations de métro Pyrénées et Belleville et l'on peut dire que le riz cantonais a définitivement pris le dessus sur le couscous...
Pennac – La résidence de la famille Malaussène se trouve à la rue de la Folie-Regnault. Le lieu de référence de l'écrivain est à la fois une destination touristique et un décor quotidien.L’immense cimetière du Père-Lachaise est l'endroit idéal pour se perdre. C’est un parc rempli de monuments, avec au moins 2 500 noms de célébrités, conférant une atmosphère détendue - peut-on attendre autre chose d'un cimetière ? - et propice à la réflexion.
Parc de Belleville
Rue des Couronnes, rue Piat
Métro : Pyrénées ou Couronnes, Belleville
Les Romains ont été les premiers à canaliser l'eau des sources de la colline de Belleville. Puis, au Moyen Âge, ce sont les moines du couvent qui s'élevait à l'emplacement de l'actuel Conservatoire qui ont canalisé l'eau. Ils cultivaient la vigne et produisaient la piquette, un vin léger et pétillant. Le vignoble actuel, avec ses deux cents pieds de Pinot et de Chardonnay, rappelle l'époque où la colline de Belleville était une terre agricole.
Le parc actuel a été créé en 1988 par Debulois et Brichet sur une zone d'anciennes carrières de pierre et un terrain raide de 25 mètres de dénivelé. Le sommet offre une vue spectaculaire sur la ville. On y trouve des vestiges du passé, comme le portail de la Villa Ottoz, l’ancienne enseigne de la crèche La goutte de lait et des grottes artificielles.
De la partie supérieure débute un circuit d'eau qui alterne bassins et cascades, dont l'une a le plus grand volume de tout Paris. La pergola inclinée est un véritable tunnel de verdure au-dessus d'un long escalier. Deux rues au pavage d'origine ont été conservées. Près de l'entrée principale se trouve une petite fontaine Wallace. Autrefois, Belleville était célèbre pour ses salles de danse et ses cabarets, dont le célèbre Tambour Royal, où venaient des gens du peuple mais aussi de la haute société.
L'écrivain Georges Perec a vécu au numéro 24 de la rue des Couronnes.
Edith Piaf, le moineau de Belleville
72, rue de Belleville
Métro : Belleville
La rue de Belleville est un mélange de races et d'origines. En novembre 1966, une plaque de marbre a été dévoilée au numéro 72 de cette rue. On peut y lire : « Sur les marches de cette maison naquit le 19 décembre 1915 dans le plus grand dénuement Edith Piaf dont la voix, plus tard devait bouleverser le monde ». La légende veut qu'Édith soit née sur les marches extérieures de l'immeuble, en attendant une ambulance. Mais il est plus probable qu'elle soit née dans l'appartement du troisième étage, où vivait sa mère Annetta Giovanna, originaire de Livourne. Le nom complet de la chanteuse est Édith Giovanna Gassion. En revanche, Piaf, qui signifie moineau, est son nom de scène. Ses parents étaient artistes de rue et son père, petit et menu comme elle, était acrobate et contorsionniste.
L'appartement transformé en musée situé au numéro 5 de la rue Crespin du Gast (métro Ménilmontant), se trouve en réalité dans le 11e arrondissement, mais nous l'avons placé ici en raison de sa proximité avec la rue de Belleville. Il abrite à l’intérieur de ses murs rouge vif des objets ayant appartenu à l'actrice, des tableaux, des photos, un gramophone et un gros ours en peluche. De temps en temps, surtout aux beaux jours et le week-end, un artiste de rue se tient devant la porte d'entrée pour jouer à l'orgue quelques-unes des chansons qui ont rendu Piaf célèbre : La vie en rose, Hymne à l'amour ou Milord.
Vestiges du passé – Un peu plus loin, au numéro 102 de la même rue, la façade en brique et pierre blanche de la maison possède deux remarquables fenêtres en saillie. Au coin de la rue, sur le mur du numéro 1 de la rue Mélingue, se trouve le blason de Paris, un vaisseau flottant sur des feuilles de laurier mais qui ne sombre jamais, selon la devise Fluctuat Nec Mergitur. Il est placé sous un fronton triangulaire. Regard de Saint-Martin
42, rue des Cascades
Métro : Jourdain
De nombreuses rues de Belleville portent des noms en rapport avec l'eau. Il y a la rue des Rigoles, de la Mare, des Cascades, de la Cour-des-Noues, de la Duée.... Le long du coteau de Ménilmontant, par exemple, de nombreux ruisseaux descendaient pour se déverser dans le parc du château de Bagnolet.
La petite maison en pierre située au numéro 42 de la rue des Cascades correspond à un point de contrôle de l'eau qui coulait autrefois en plein air et qui a ensuite été canalisée dans des conduites souterraines. Ces ouvrages d’inspection sont appelés « regard ». Il en existe deux autres, un au numéro 213 de la rue de Belleville et un autre au numéro 36 de la rue de la Mare, qui peuvent être visités lors des Journées du Patrimoine. Télégraphe Chappe
40, rue du Télégraphe
Métro : Télégraphe
Le nom de la station de métro et celui de la rue qui monte à la colline de Belleville rappellent le lien entre ce point culminant à 130 mètres et le télégraphe.En 1790, Claude Chappe, ingénieur français en physique et électricité, avait mis au point un système de transmission de signaux sur de longues distances.
Il avait fait installer au sommet de la colline plusieurs tours munies de bras sur lesquels étaient fixées des pales orientables. Malheureusement, des rumeurs se sont répandues dans le quartier disant que ses appareils servaient à envoyer des signaux secrets aux membres de la famille royale, emprisonnés dans la tour du Temple. La foule prit alors d'assaut ses machines et les détruisit. Chappe réussit à s'échapper à temps et à se mettre à l'abri. En 1793, son invention fut adoptée par l'État et il fut appelé à diriger le premier service télégraphique français. Plus tard, des lignes de transmission furent établies avec l'Italie du Nord, notamment avec Turin, Milan et Venise.
Un immeuble atypique – Au numéro 131 de la rue Pelleport, qui fait l’angle avec le numéro 15 de la rue des Pavillons, se trouve un immeuble totalement insolite construit par l’architecte Frédéric Borel, qui avait déjà réalisé le bâtiment de La Poste de la rue d’Oberkampf. Cette construction date de 1999 et sa forme, semblable à celle des boîtes écrasées et prêtes à être recyclées, donne une touche ludique au quartier.
Passage de la Duée
26, rue Pixérécourt
Métro : Télégraphe
L'étroit passage de la Duée, d’une longueur de 65 mètres et d’une largeur d'à peine 60 centimètres, débute à la hauteur du numéro 26 de la rue Pixérécourt. Il s'agissait autrefois d'un chemin, indiqué sur les cartes dès 1672. Il doit son nom à la source d'eau jaillissante qui s'y trouvait. C'est la rue la plus étroite de la capitale mais avec des murs latéraux en bien mauvais état…
Le chat noir sauvé par les pompiers - Un magnifique trompe-l’œil est peint sur le mur de la maison située au numéro 61 de la rue Haxo, près du métro Saint-Fargeau. Il représente le pont des Soupirs, évoqué dans l'introduction, et sur fond de ciel bleu, un pompier en haut d'une échelle tend le bras vers un chat noir effrayé, le dos voûté.
Au sol, un autre pompier tient l'échelle. À ses côtés se trouve une calèche rouge flamboyante, tirée par deux chevaux blancs. Ce trompe-l’œil a été réalisé en 2000 par Philippe Rebuffet. Le 26 mai 1871, quatre-vingts personnes, dont des gardiens et des ecclésiastiques, furent sorties de force de la prison de la Roquette, située à l'emplacement de l'actuelle église Notre-Dame des Otages, et massacrées.
Église de Notre-Dame de la Croix
Place Maurice Chevalier
Métro : Ménilmontant
Cinquante-quatre marches sont à gravir pour accéder à l'église. L'édifice du XIXe siècle fut construit pour la population ouvrière de Ménilmontant, peu pratiquante. Il est en partie de style gothique, avec un clocher néo-roman. Malheureusement, à peine l'église fut-elle terminée qu'un groupe révolutionnaire s'y installa, votant la condamnation à mort de l’archevêque de Paris. La voûte en pierre est soutenue par des traverses métalliques, ce qui accentue la juxtaposition de l'ancien et du moderne dans la structure.
La petite place devant l'église est dédiée au chansonnier Maurice Chevalier. Elle a conservé le pavé et la fontaine Wallace et, avec son air un peu démodé, fait penser à Casque d'Or et aux Apaches...
Et maintenant musique ! - Tout près, au numéro 23 de la rue Boyer, se trouve la Maroquinerie, une salle de concert éclectique à la programmation riche et de qualité, avec une prépondérance de musiques pop, rock, reggae et funk. La salle de concert intimiste se trouve au sous-sol et ses responsables sont également à l'origine de plusieurs festivals de musique, dont Les Nuits de l'Alligator qui a lieu en février. Au rez-de-chaussée, un bar-restaurant permet de déguster un plateau de fromage et de charcuterie qui, aux beaux jours, peut être dégusté dans l'agréable espace ouvert. Square des Saint-Simoniens
2, rue de la Duée
Métro : Saint-Fargeau
En 1832, Prosper Enfantin, père du saint-simonisme, se retira dans sa propriété située au numéro 145 de la rue Ménilmontant en compagnie de quarante disciples. Ses principaux idéaux étaient d'abolir les privilèges de naissance, garantir l'éducation gratuite pour tous, promouvoir l'égalité entre les sexes et réunir tous les peuples en une famille universelle, juste et solidaire. Les membres portaient des pantalons blancs ou bleus, un gilet blanc boutonné dans le dos et un bonnet rouge. Les hommes ne se rasaient jamais la barbe. Malheureusement, Enfantin fut ensuite arrêté et emprisonné et ses disciples se sont dispersés. Certains d'entre eux ont ensuite fait carrière dans le journalisme, les affaires ou la politique.
L'un fonda le Crédit Lyonnais, un autre créa le premier chemin de fer français, un troisième finança les travaux d'Haussmann et un quatrième le creusement du canal de Suez. La petite place a été créée en 1937 à côté de la maison qui accueillait autrefois les saint-simoniens. Ce petit square abrite également une fontaine en pierre qui comporte au centre un grand O duquel jaillissent des jets d'eau.
L’Ermitage de Bagnolet
148, rue de Bagnolet
Métro : Porte-de-Bagnolet
En 1719, la duchesse d'Orléans avait acheté un château entouré d'un parc à Bagnolet comme lieu de villégiature. Dans le parc, elle avait fait construire trois pavillons, dont l'un s'appelle l'Ermitage. Le château fut démoli en 1770, seul le pavillon de l'Ermitage existe encore. Trois des magnifiques fresques en grisaille du pavillon ont été conservées et représentent les saints ermites Venert, Azelle et Rosalie. Aujourd'hui, l'Ermitage appartient à l'administration qui l'a fait restaurer et l'a ouvert au public.Jardin Debrousse – La végétation n'est plus aussi luxuriante que celle de l'ancien parc, seuls les grands cèdres et les marronniers d'Inde subsistent encore de cette époque. En juin et juillet, les parterres sont fleuris et les élodées explosent de fleurs blanches. La rue des Balkans offre un autre accès au jardin, connu aujourd’hui sous le nom de Jardin de l'Hospice Debrousse.
Église de Saint-Germain-de-Charonne
4, place Saint-Blaise
Métro : Gambetta, Porte-de-Bagnolet
Selon la légende, les habitants du quartier avaient décidé d'ériger un oratoire sur le lieu de la rencontre entre l'évêque d'Auxerre et sainte Geneviève, qui eut lieu en 430. C'est sur cet emplacement que s'élève aujourd'hui l'église Saint-Germain, avec son grand clocher et son toit d'ardoise. L'édifice conserve quelques éléments de cette époque, avec une inscription assurant le pardon au visiteur. Avant que le village ne soit rattaché à la capitale, c'était l'église paroissiale de Charonne. Les vitraux naïfs ont été réalisés au milieu du XXe siècle par Pauline Peugniez. Sur l'autel latéral se trouve la statue de saint Blaise, évêque arménien martyrisé sous le règne de Licinius.
Avec l'église Saint-Pierre de Montmartre, elle est la seule à avoir conservé le vieux cimetière envahi par le lierre et les fraises des bois, qui continue d'accueillir les morts. Une inscription avec trois mains enlacées et gravées dans du marbre reposant sur une pierre tombale explique qu'il s'agit de la main du fils de Papier tenant celles de son père et de sa mère. Il y a aussi une curieuse statue d'un homme en costume Premier Empire, coiffé d'un tricorne, représentant un certain Bègue, qui se faisait passer pour Magloire, le secrétaire de Robespierre.
Il tient une canne dans la main droite et un bouquet de fleurs dans la main gauche.Dans ce cimetière sont enterrés les deux fils et l'épouse de l'écrivain et homme politique André Malraux, décédés dans un accident.
De part et d'autre du chemin escarpé qui mène au mur du cimetière se trouve un jardin avec des légumes, des herbes aromatiques, des fleurs et des arbres fruitiers. Il s'agit du potager du presbytère de Saint-Germain-de-Charonne où, certains soirs d'été, un dîner est organisé sous le grand figuier avec les produits récoltés dans le jardin. Si jamais vous êtes de passage dans la région...
Jardin de la Gare de Charonne – Parmi les jardins méconnus de ce quartier figure le Jardin de la gare de Charonne dont l'entrée se situe au numéro 63 du boulevard Davout. À proximité des stations de métro Porte de Montreuil et Porte de Bagnolet, il a été créé à l'emplacement de l'ancienne gare de Charonne après la mise hors service de la ligne ferroviaire de la Petite Ceinture. Il abrite une grande fontaine avec de nombreux jets d'eau et neuf petits bassins carrés remplis de nénuphars et de poissons rouges. Square des Grès
Place des Grès, rue Vitruve
Métro : Porte de Bagnolet
La petite place au sud-ouest de l'église de Charonne, créée en 1988, porte curieusement le nom de la céramique. On y accède en traversant quelques rues pavées qui longent des maisons basses et des petits jardins. Au centre de la place se trouve une fontaine et des pergolas, au milieu desquelles les enfants courent tandis que les personnes d’un certain âge jouent à la pétanque. S’il n’y avait pas les hauts bâtiments blancs qui l'entourent, on aurait l'impression d'être sur une place de village. Il y a des roses, des tulipiers de Virginie, des clématites, des chèvrefeuilles et des cerisiers de Mandchourie à l'écorce dorée.
Passé et futur dans la Fontaine des Grès - En 1992, le sculpteur Milhaud créa une fontaine composée de deux silhouettes stylisées en forme de menhirs au milieu de la place des Grès, la petite place pavée de l’ancien village de Charonne. La place étant entourée en partie par le vieux village et en partie par les immeubles modernes du quartier Saint-Blaise, l'artiste a voulu recréer cette juxtaposition dans les éléments de la fontaine. L’homme fait face aux maisons du passé et la femme regarde du côté des immeubles modernes tandis que l'eau s’écoule sur leur corps de pierre et disparaît dans une grille au sol. Campagne à Paris
Rue Jules-Siegfried, rue Irénée-Blanc, rue Paul-Strauss et alentours
Métro : Porte-de-Bagnolet
L'appellation « campagne à Paris » correspond à un ensemble de charmantes petites maisons construites en 1906 dans la partie est du XXe arrondissement. L'initiative avait été prise par deux hommes politiques des Lumières, Jules Siegfried et Paul Strauss, Irénée Blanc (la rue qui lui est dédiée est l'une des plus belles) et Émile Cheysson, considéré comme l'un des théoriciens des HLM - les logements sociaux - dont l'intention louable était de transformer la mentalité des personnes appartenant aux classes inférieures. Selon eux, seul le fait de posséder une maison avec jardin pouvait faire de l'ouvrier un père de famille digne et fier de son rang. Afin de mettre ce concept en pratique, ils avaient contribué à la création d'une coopérative pour acheter le terrain d'une ancienne carrière pour construire environ quatre-vingt-dix maisons en pierre et en brique. En 1926, les maisons étaient terminées. Elles étaient toutes alignées, rappelant ainsi les maisons mitoyennes anglaises.
Ces maisons, dont les entrées sont décorées de carreaux de céramique et les murs recouverts de vigne américaine, ne sont aujourd’hui plus occupées par des ouvriers. Des personnes appartenant à la bourgeoisie y vivent, modifiant ainsi leur vocation première.
On arrive au groupe de maisons par le boulevard Mortier ou la rue Géo-Chavez et l'une des petites rues qui les séparent est dédiée au Père Prosper Enfantin, l'un des leaders du mouvement saint-simonien. Cimetière du Père-Lachaise
Boulevard de Ménilmontant, devant la rue de la Roquette
16, rue du Repos
Métro : Père-Lachaise ou Philippe-Auguste
Le cimetière a été conçu en 1803 par Théodore Brongniart comme un jardin à l’anglaise, avec des allées bordées d'arbres de toutes espèces. Son nom est une déformation de celui du père François d'Aix de la Chaize, éminent prélat et confesseur de Louis XIV. Lors de son ouverture, personne ne voulait y venir, car il se trouvait hors des murs de la ville, dans un quartier populaire. Puis les gens ont changé d'avis lorsque la municipalité a commencé à inhumer des personnages célèbres. Les dépouilles d'Héloïse et d'Abélard ont également été déplacées et reposent dans un tombeau grandiose et monumental de style gothique, sur lequel on peut lire l'inscription suivante : “Les restes d’Héloïse et d’Abélard sont réunis dans ce tombeau”.
Aujourd'hui, il y a environ soixante-dix mille tombes, c’est presque une ville dans la ville. Les grands noms de la littérature, de la musique, de la politique, de l'art et de la science y reposent. Celle d'Allen Kardec, fondateur de la philosophie spirite, par exemple, fait l'objet d'un véritable culte. Elle est facilement reconnaissable car elle est couverte de fleurs et son buste en bronze brille sous l'effet du frottement continu des mains des visiteurs. Ceux-ci viennent le supplier de les guérir, comme s'il s'agissait d'un saint, ou lui demander d'entrer en communication avec un être cher disparu. Sur le fronton de son dolmen, on peut lire : “Naître, mourir, renaître encore, et progresser sans cesse, telle est la Loi.”Les tombes d'Oscar Wilde et de Jim Morrison font également partie des objets de culte, mais d'une autre nature. Le sphinx qui orne la première est l'œuvre d'Epstein et doit être protégé des inscriptions et des graffitis. La seconde, en revanche, est sous surveillance car on craint que certaines personnes viennent y fumer des joints et exagérer avec la consommation de bières.
Les progressistes se rendent sur la tombe d'Yvan Salmon, dit Victor Noir, écrivain et journaliste de La Marseillaise, célèbre journal du XIXe siècle, tué en 1870 à l'âge de 21 ans seulement et sans raison apparente par le prince Pierre Bonaparte, alors qu'il s'apprêtait à être le témoin d'un duel entre le prince et un confrère. Le prince, neveu de Napoléon III, avait toujours soutenu des idées libérales, avait été élu député d'extrême gauche pendant la Seconde République et vivait loin de la cour. Son acte brutal et insensé suscita une forte indignation et provoqua des manifestations républicaines contre le pouvoir impérial. Le prince fut ensuite acquitté de l'accusation de meurtre. Les funérailles de Victor Noir ont été suivies par près de 100 000 personnes. Il incarnait l'esprit de refus du dogmatisme et du conformisme et avait dénoncé les travers de la société. Le monument a été réalisé par Jules Dalou. La statue de bronze, très réaliste, est en position allongée et, selon la superstition, les femmes qui touchent ses parties intimes tombent enceintes.
À en juger par leur éclat, le désir de maternité doit être très répandu…Alfred de Musset, Honoré de Balzac, Gérard de Nerval, Guillaume Apollinaire, Gioacchino Rossini, Georges Bizet, Sidonie-Gabrielle Colette et bien d'autres encore sont enterrés du côté est du cimetière, appelé « côté Proust » ... Du côté ouest, appelé « côté Piaf », sont inhumés Chopin, Molière, la Fontaine, Ingres, Corot...
Pour connaître l'emplacement de chacun, il est possible de prendre un plan des tombes au bureau situé à côté de l'entrée.
Le Mur des Fédérés - À côté de l'entrée du numéro 16 de la rue du Repos, dans la 97e division, se trouve le Mur des Fédérés. En mai 1871, les derniers fédérés de la semaine sanglante de la Commune s'étaient retranchés ici, dans le cimetière. Le 28 mai en fin d'après-midi, les Versaillais, menés par le président Thiers, reprirent la place après de sanglants affrontements.
Les vainqueurs firent placer contre le mur du cimetière les derniers communards trouvés armes en main et les fusillèrent. Ils les enterrèrent ensuite au pied de ce mur, appelé depuis Mur des Fédérés. Ce mur est devenu un symbole où beaucoup se rendent chaque année le 1er mai pour commémorer cet événement tragique. Le 24 mai 1936, un cortège de 600 000 personnes s'y est même rendu, emmené par Léon Blum et Maurice Thorez. Villa Riberolle
35, rue de Bagnolet
Métro : Alexandre Dumas
La Villa Riberolle, située juste à côté du cimetière, est une impasse formée de petites maisons blanches sur les façades desquelles se détachent de nombreux rosiers. Elle fait partie du Paris d'antan,
au même titre que la cité Aubry, également une oasis de calme dans le chaos. Au numéro 70 de la rue Alexandre Dumas se trouve une église dédiée au saint turinois Jean Bosco. Elle est de style Art déco et l'intérieur est magnifique. De grands artistes y ont travaillé, notamment Serraz, Gaudin et Subes, et des matériaux nobles ont été utilisés. L'autel, la chaire et les fonts baptismaux sont en onyx.